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Musique italienne

de l’opéra aux musiques de film

Allegro, crescendo, piano : le monde entier annote ses partitions en italien. Panorama des familles d’une musique qu’on résume trop souvent à ses chansons.

Intérieur d'une salle d'opéra à l'italienne, avec ses rangées de loges superposées en fer à cheval.
Réponse rapide

La musique italienne se répartit en cinq grandes familles : l’opéra, né au tournant du XVIIe siècle et exporté dans toute l’Europe ; la musique instrumentale baroque, indissociable des ateliers de lutherie de Crémone ; les musiques de film ; les répertoires régionaux ; et les scènes populaires contemporaines. Le pays a par ailleurs donné à la musique occidentale sa notation et son vocabulaire technique.

  • Un vocabulaire universel : les indications de tempo et de nuance des partitions du monde entier sont italiennes.
  • L’opéra : de Monteverdi au bel canto, puis Verdi et Puccini.
  • Crémone : la lutherie et le répertoire baroque se sont développés ensemble.
  • Les répertoires régionaux : chant napolitain, pizzica du Salento, canto a tenore sarde.

L’Italie a donné à la musique son vocabulaire

Ouvrez une partition, n’importe laquelle : un quatuor allemand, une pièce pour piano française, une bande originale contemporaine. Les indications qui la parsèment sont en italien. Allegro, andante, piano, forte, crescendo, da capo. Un musicien de Séoul et un musicien de Buenos Aires se comprennent grâce à une poignée de mots italiens qu’aucun des deux ne parle.

Cette empreinte remonte loin. Au XIe siècle, un moine nommé Guido d’Arezzo met au point un système de lignes permettant de fixer la hauteur des notes sur le papier, et nomme les degrés de la gamme à partir des syllabes initiales des vers d’une hymne latine. Notre do-ré-mi-fa-sol vient de là. Avant lui, la musique se transmettait de mémoire et se perdait avec ceux qui la portaient ; après lui, elle s’écrit, se transporte et se rejoue à des siècles de distance.

Un pays qui a fourni à la musique occidentale son écriture y a aussi développé des formes entières, des instruments et des écoles d’interprétation. La chanson en fait partie, mais elle forme à elle seule une famille, avec son histoire, ses voix et son festival — elle est traitée à part. Les autres familles occupent les sections qui suivent.

Scène

L’opéra

Née à Florence et Mantoue au tournant du XVIIe siècle, la forme qui a exporté la langue italienne dans toutes les maisons lyriques d’Europe.

Instruments

Le baroque et Crémone

Corelli, Vivaldi, Scarlatti d’un côté ; les ateliers Amati, Stradivari et Guarneri de l’autre. Un répertoire et une lutherie nés ensemble.

Écran

Les musiques de film

Nino Rota et Ennio Morricone en tête d’une école de composition dont les partitions se jouent aujourd’hui en salle de concert.

Territoires

Les répertoires régionaux

Chant napolitain, tarentelles du Sud, pizzica du Salento, canto a tenore de Sardaigne : des traditions distinctes, pas un fonds commun.

Aujourd’hui

Les scènes populaires

Cantautori, rock progressif, italo-disco, rap et pop contemporaine : soixante-dix ans de musiques enregistrées.

Transversal

L’interprétation

Voix lyriques, solistes et chefs : une tradition d’exécution qui circule d’une famille à l’autre et donne sa forme entendue au répertoire.

L’opéra, la forme qui a exporté l’Italie

Des débuts florentins et mantouans

À la toute fin du XVIe siècle, un cercle de lettrés florentins cherche à retrouver ce qu’aurait pu être la tragédie chantée des Grecs. De cette recherche érudite naît une forme nouvelle : un récit continu, porté par le chant, soutenu par les instruments. En 1607, à Mantoue, Claudio Monteverdi crée L’Orfeo, l’un des tout premiers opéras que le répertoire n’a jamais cessé de jouer depuis.

L’opéra invente une manière de raconter où le texte, la ligne vocale et l’orchestre travaillent ensemble, et cette manière va se répandre dans toute l’Europe. Pendant deux siècles, écrire un opéra signifiera souvent l’écrire en italien, quelle que soit la nationalité du compositeur.

Le bel canto puis Verdi et Puccini

Au début du XIXe siècle, le bel canto met la voix au centre : longues lignes mélodiques, agilité, ornementation. Rossini, Bellini et Donizetti en sont les trois figures principales, chacun avec son tempérament — l’énergie comique et l’écriture véloce chez Rossini, la mélodie longue et élégiaque chez Bellini, le sens dramatique chez Donizetti.

Vient ensuite Giuseppe Verdi, dont l’œuvre traverse presque tout le siècle et déplace le centre de gravité vers le drame : les personnages y gagnent une épaisseur psychologique que la forme n’avait pas encore portée. Puis Giacomo Puccini, à la charnière des XIXe et XXe siècles, qui rapproche l’opéra du réalisme et écrit certaines des mélodies les plus reconnaissables du répertoire lyrique.

Ces partitions n’existent toutefois que par ceux qui les chantent. Le répertoire italien est indissociable des voix qui l’ont porté au XXe siècle — Enrico Caruso, dont les enregistrements ont accompagné les débuts du disque, Maria Callas, dont les interprétations ont relancé des ouvrages de bel canto alors délaissés, ou Luciano Pavarotti, qui a fait sortir l’art lyrique des maisons d’opéra. Ces œuvres continuent d’ailleurs de structurer la vie musicale du pays, autour de la Scala de Milan, de la Fenice de Venise ou du San Carlo de Naples, où se joue chaque saison un répertoire vieux de deux siècles.

La musique instrumentale et les violons de Crémone

Pendant que l’opéra se construit, une autre histoire se déroule dans le nord du pays, et les deux sont liées.

À Crémone, en Lombardie, des ateliers de lutherie mettent au point la forme du violon telle qu’on la connaît. La famille Amati ouvre la voie, celles de Stradivari et de Guarneri portent l’art à un degré que trois siècles de tentatives n’ont pas rendu obsolète. Les instruments sortis de ces ateliers entre le XVIe et le XVIIIe siècle sont encore joués aujourd’hui par des solistes de premier plan.

Cette lutherie ne se développe pas dans le vide : elle accompagne un répertoire. Arcangelo Corelli fixe les formes de la sonate et du concerto grosso ; Antonio Vivaldi, prêtre et violoniste vénitien, écrit des centaines de concertos dont Les Quatre Saisons, sans doute la musique instrumentale la plus jouée au monde. Domenico Scarlatti, lui, écrit pour le clavier des centaines de sonates brèves qui font encore le quotidien des pianistes.

Instruments et répertoire avancent donc ensemble : on écrit pour ce que les luthiers rendent possible, et les luthiers affinent ce que les compositeurs réclament.

Les musiques de film, un genre à part entière

Le cinéma italien de la seconde moitié du XXe siècle a produit une école de composition dont la réputation dépasse largement les films qu’elle accompagnait.

Nino Rota écrit pour Federico Fellini pendant des décennies, et signe aussi la musique du Parrain de Francis Ford Coppola. Ennio Morricone, formé à l’écriture classique, compose pour Sergio Leone des partitions de westerns qui inventent une grammaire sonore reconnaissable en trois notes — sifflements, guimbarde, voix féminine sans paroles, guitare électrique dans un orchestre symphonique. Son catalogue dépasse de loin le western et couvre le cinéma politique, le drame, le film d’auteur.

Ce répertoire a une particularité : il s’écoute pour lui-même. Ces partitions sont jouées en concert, reprises, réorchestrées, par des musiciens qui n’ont parfois pas vu les films. C’est le signe qu’il s’agit de musique et pas seulement d’illustration.

Les répertoires régionaux

L’Italie n’a été unifiée qu’au XIXe siècle, et ses musiques traditionnelles gardent la trace de cette histoire morcelée. Elles ne forment pas un fonds commun mais un ensemble de répertoires distincts, parfois très éloignés les uns des autres.

Le chant napolitain reste le plus connu à l’étranger : une tradition de mélodie chantée en dialecte, portée par la ville et son port, qui a essaimé bien au-delà de la Campanie.

La tarentelle désigne un ensemble de danses rapides du Sud, à la mesure ternaire caractéristique. Sa parente du Salento, la pizzica, était associée au tarentisme : on attribuait à la morsure d’une araignée un état de transe dont on pensait se libérer par une danse ininterrompue au son des tambourins, parfois plusieurs jours durant. Ce phénomène culturel, documenté par les ethnologues du XXe siècle, a laissé un répertoire qui connaît depuis quelques décennies un retour vigoureux sous forme de festivals et de fêtes de village.

En Sardaigne, le canto a tenore forme un cas à part : un chant polyphonique masculin à quatre voix, dont deux produisent un timbre guttural sans équivalent en Europe. Ce répertoire de bergers est inscrit par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel. Pour une oreille habituée à la mélodie italienne, l’effet est déroutant, et c’est précisément ce qui le rend passionnant à découvrir.

Les scènes contemporaines

L’après-guerre voit naître les cantautori, ces auteurs-compositeurs qui écrivent des textes exigeants sur des formes populaires. Fabrizio De André y occupe une place particulière : ses disques, souvent construits comme des cycles autour d’un thème unique et peuplés de marginaux, tiennent autant de la littérature que de la chanson.

Les années 1970 et 1980 apportent deux contributions moins attendues. Le rock progressif italien produit une scène foisonnante, reconnaissable à ses formats longs, ses claviers omniprésents et ses emprunts à l’écriture lyrique — un rock qui chante en italien et assume la mélodie là où ses cousins britanniques cultivaient l’abstraction. Surtout, Giorgio Moroder pose à Munich les bases d’une musique de danse entièrement électronique, bâtie sur des lignes de basse séquencées et une pulsation régulière, dont l’influence sur la pop mondiale se mesure encore ; dans son sillage, l’italo-disco irrigue les pistes européennes pendant une décennie avec ses synthétiseurs saturés de réverbération et ses refrains chantés en anglais approximatif.

Aujourd’hui, la scène est active et éclatée : un rap italien solidement installé, une pop qui continue de s’appuyer sur des mélodies chantées plutôt que sur la seule production, et un rock qui a retrouvé une audience internationale — la victoire du groupe Måneskin à l’Eurovision en 2021 ayant remis la langue italienne sur des radios qui l’avaient délaissée.

Par où commencer selon ce qu’on aime déjà

Aborder un ensemble aussi vaste par le début serait décourageant. Mieux vaut entrer par ce qu’on écoute déjà.

Si vous aimez les musiques de film et les grandes orchestrations, l’entrée naturelle est Morricone, puis, en remontant, le répertoire lyrique de Puccini : la parenté d’écriture entre les deux surprend souvent.

Si vous venez de la musique instrumentale ou du piano, commencez par Vivaldi au-delà des Quatre Saisons, ou par les sonates de Scarlatti, brèves et sans prérequis.

Si vous êtes attiré par les musiques du monde et les polyphonies, le canto a tenore et la pizzica offrent le dépaysement le plus radical, et l’un comme l’autre s’écoutent sans clé de lecture particulière.

L’opéra se découvre en salle

Si la forme vous intimide, la voie la plus praticable n’est pas le disque mais la représentation. Une soirée dans une maison où ce répertoire se joue depuis deux siècles règle la question de savoir s’il vous parle, là où l’écoute enregistrée laisse souvent perplexe. Ce n’est pas une musique qui se laisse déchiffrer de loin.

Reste le plus simple : cinq familles, cinq portes d’entrée, et aucune obligation de les pousser dans l’ordre.

Quelles sont les grandes familles de la musique italienne ?

Cinq principalement : l’opéra, la musique instrumentale baroque liée à la lutherie de Crémone, les musiques de film, les répertoires traditionnels régionaux et les scènes populaires contemporaines. La chanson, souvent prise pour le tout, n’est qu’une de ces branches.

Pourquoi les termes musicaux sont-ils en italien ?

Parce que l’Italie a fourni à la musique occidentale son système de notation et son vocabulaire. Au XIe siècle, le moine Guido d’Arezzo met au point une notation sur lignes et nomme les degrés de la gamme à partir des syllabes d’une hymne latine, à l’origine de notre do-ré-mi. Les indications de tempo et de nuance qui se sont ensuite imposées partout sont restées en italien.

Qu’est-ce que le bel canto ?

Un style de chant et d’écriture lyrique du début du XIXe siècle qui place la voix au centre : longues lignes mélodiques, agilité et ornementation. Rossini, Bellini et Donizetti en sont les trois figures principales, avant que Verdi ne déplace le centre de gravité de l’opéra italien vers le drame.

Quelles sont les musiques traditionnelles italiennes ?

Elles varient fortement d’une région à l’autre. Le chant napolitain est le plus connu à l’étranger. La tarentelle regroupe des danses rapides du Sud, dont la pizzica du Salento, associée à un ancien rituel de transe et de guérison. En Sardaigne, le canto a tenore est un chant polyphonique masculin à quatre voix, inscrit par l’UNESCO au patrimoine culturel immatériel.

Pourquoi les violons de Crémone sont-ils si réputés ?

Parce que les ateliers de cette ville de Lombardie ont fixé la forme du violon entre le XVIe et le XVIIIe siècle. Les familles Amati, Stradivari et Guarneri y ont produit des instruments encore joués aujourd’hui par des solistes de premier plan, dans une période où le répertoire instrumental italien se développait en parallèle.

Par quoi commencer pour découvrir la musique italienne ?

Par ce que vous écoutez déjà. Les amateurs de musiques de film peuvent entrer par Morricone puis remonter vers Puccini. Ceux qui viennent du piano ou de la musique de chambre trouveront une porte ouverte chez Vivaldi et Scarlatti. Pour les musiques du monde, le canto a tenore et la pizzica offrent le dépaysement le plus net. Quant à l’opéra, il se découvre mieux en salle que sur disque.