Une personne travaille sur un modèle 3D affiché à l'écran, dans un bureau à deux moniteurs.
Actualités · Animation

Blender Studio

le studio d’animation de la Blender Foundation

Ce qu’il produit, sous quelle licence, avec quel financement — et où en est réellement le long-métrage annoncé en juillet 2026.

Réponse rapide

Blender Studio est le studio d’animation lié à la Blender Foundation, installé à Amsterdam. Il produit des open movies : des films dont l’intégralité des fichiers de production est publiée sous licence Creative Commons avec attribution obligatoire. Chaque production sert de test grandeur nature au logiciel et oriente ensuite son développement.

  • Pas un mixeur : aucun appareil électroménager n’est commercialisé sous ce nom.
  • Pas la fondation : quatre entités portent le nom Blender, et elles sont distinctes.
  • Attribution obligatoire : les films ne sont ni du domaine public ni du libre de droits.
  • Deux caisses séparées : l’abonnement finance la production, le fonds de développement finance le logiciel.
  • Un long-métrage annoncé : en développement visuel, conditionné à un palier de financement.

Blender Studio n’est ni un appareil de cuisine ni la Blender Foundation

Deux précisions avant tout. La première : aucun appareil électroménager n’est commercialisé sous le nom Blender Studio. Les catalogues des distributeurs, francophones comme anglophones, ne renvoient sur cette formulation que des rayons génériques de mixeurs. Il n’existe pas non plus de logiciel de montage vidéo portant ce nom — Blender intègre bien un éditeur de séquences vidéo, mais c’est un module du logiciel, pas un produit distinct.

La seconde : ce studio n’est pas la Blender Foundation, contrairement à ce que la plupart des contenus laissent entendre. Quatre entités portent le nom Blender, et les confondre rend le sujet incompréhensible.

2002

Blender Foundation

Fondation de droit néerlandais créée en mai 2002 par Ton Roosendaal, installée à Amsterdam. Elle détient le logiciel et en pilote le développement. C’est l’entité de référence, celle à laquelle on rattache à tort tout le reste.

2007

Blender Institute

Créé en 2007 après le succès du premier film, pour réunir dans un même lieu développeurs et artistes. Les sources publiques ne permettent pas d’établir précisément ce qu’il recouvre depuis la séparation de 2020 : mieux vaut ne pas trancher.

2014 · 2017 · 2020

Blender Studio

Lancé sous le nom Blender Cloud en 2014, rebaptisé Blender Studio en 2017, devenu une société distincte en 2020 — les sources parlent de société distincte sans préciser la forme juridique. C’est l’équipe qui produit les films et publie le savoir-faire de production.

Financement

Le fonds de développement

Programme de dons qui finance le développement du logiciel : développeurs à plein temps, stabilité des versions, documentation, hébergement des services. Ce n’est pas l’abonnement au studio, et la confusion entre les deux est la plus répandue du sujet.

Un changement de direction est intervenu récemment. Selon le communiqué publié par la fondation, Ton Roosendaal a quitté ses fonctions de président et de directeur général au 1er janvier 2026, Francesco Siddi, précédemment directeur des opérations, lui succédant à la tête d’un conseil renouvelé où figurent notamment les responsables du développement et du produit. Les contenus qui présentent encore Ton Roosendaal comme le dirigeant en exercice sont datés.

L’open movie, un banc d’essai autant qu’un film

Un open movie n’est pas seulement un film diffusé gratuitement. C’est un film dont l’intégralité des fichiers de production est publiée : scènes, rigs, textures, assets, storyboards, images brutes. Tout est téléchargeable.

La licence, point le plus mal rapporté

Les films et leurs fichiers sont diffusés sous Creative Commons avec attribution — version 3.0 pour les projets anciens, 4.0 pour les récents, d’après les pages de licence de chaque production. La réutilisation est libre, y compris commerciale, mais créditer la source reste obligatoire. Ce n’est ni du domaine public ni du « libre de droits », et les plateformes de rediffusion qui emploient ces formulations se trompent sur la licence d’origine.

Reste la question de la rentabilité, qui est la plus intéressante. Pourquoi une fondation qui édite un logiciel produit-elle des films ?

L’hypothèse la plus simple serait la communication : un film est une vitrine. Elle n’est pas fausse, mais elle est insuffisante — elle n’expliquerait pas la publication des fichiers de travail, qui n’a aucune valeur promotionnelle.

La raison structurelle tient au fait qu’une production sert de test grandeur nature. Un long chantier d’animation soumet le logiciel à des contraintes qu’aucun jeu de tests automatisés ne reproduit : volume de données, durée du projet, nombre d’intervenants, cas limites. Les manques remontent, et le développement s’oriente en conséquence. Le mécanisme est documenté projet par projet sur les pages de production du studio : Sintel a accompagné un chantier de refonte de l’interface, Charge a été le premier film entièrement rendu avec le moteur temps réel du logiciel, Wing It! a servi les flux de travail mêlant deux et trois dimensions, Singularity les outils de rendu pictural et de foule.

Le film n’est donc pas le produit, c’est le protocole d’essai. Cette lecture explique aussi pourquoi les projets sont courts : un format long immobiliserait l’équipe pendant des années sans retour intermédiaire sur le logiciel, ce qui est précisément la difficulté du chantier annoncé en 2026.

Vingt ans de films, d’Elephants Dream à Singularity

Les dates et réalisateurs ci-dessous proviennent des pages officielles du studio, recoupées avec les communiqués de la fondation et l’article encyclopédique consacré à celle-ci.

FilmAnnéeRéalisation
Elephants Dream2006Bassam Kurdali
Big Buck Bunny2008Sacha Goedegebure
Sintel2010Colin Levy
Tears of Steel2012Ian Hubert
Caminandes : Gran Dillama2013Pablo Vazquez
Cosmos Laundromat : First Cycle2015Mathieu Auvray
Glass Half2015Beorn Leonard
Caminandes : Llamigos2016Pablo Vazquez
The Daily Dweebs2016Hjalti Hjálmarsson
Agent 327 : Operation Barbershop2016 ou 2017Colin Levy
Hero2018Daniel Martinez Lara
Spring2019Andy Goralczyk
Coffee Run2020Hjalti Hjálmarsson
Sprite Fright2021Matthew Luhn
Charge2022Hjalti Hjálmarsson
Wing It!2023Rik Schutte
Singularity2026Andy Goralczyk

Quatre commentaires sur ce tableau.

Big Buck Bunny reste le plus diffusé de la série, très au-delà du public de Blender : il sert depuis des années de séquence de test pour les codecs vidéo et les lecteurs multimédias.

Cosmos Laundromat est régulièrement attribué à Ton Roosendaal, qui en a été le producteur et l’instigateur. La réalisation revient à Mathieu Auvray.

Agent 327 : Operation Barbershop demande une précision de méthode. Les sources divergent sur l’année — 2016 pour la production et la première présentation, 2017 pour la diffusion et l’adoption officielle du nom Blender Studio —, et la divergence n’est pas tranchée. Sur le fond en revanche, aucune ambiguïté : il s’agit d’une preuve de concept destinée à un long-métrage qui n’a jamais été produit. Le présenter comme un film abouti est inexact, même si de nombreux contenus le font.

Enfin, un projet manque à cette liste, et son absence est significative. Project Gold, annoncé en 2023 et confié à Jericca Cleland, a été arrêté par le studio en avril 2024 après plus d’un an de développement et de préproduction, d’après l’annonce publiée à l’époque sur le blog du studio. Seul un aperçu du travail réalisé a été publié. La réalisatrice a indiqué poursuivre le projet en dehors du studio ; je n’ai pas trouvé d’information plus récente sur ce point. Les contenus qui l’annoncent encore comme un film à venir n’ont pas été mis à jour.

Un long-métrage annoncé, et à quelles conditions

En juillet 2026, le studio a annoncé OVERGROWN, présenté comme son premier long-métrage. Le projet est co-réalisé par Hjalti Hjálmarsson et Rik Schutte, deux noms déjà présents dans la filmographie récente. L’univers annoncé est post-humain : un monde reconquis par la végétation, avec pour personnages un raton laveur et un hérisson.

Trois éléments méritent d’être notés, parce qu’ils sont systématiquement effacés dans les reprises.

Statut réel du projet

D’après l’annonce publiée par le studio, OVERGROWN est en phase de développement visuel, pas en production. Sa poursuite est conditionnée à l’atteinte d’un palier d’abonnés fixé à septembre 2026, qui couvrirait de l’ordre de 20 % du budget ; les quatre cinquièmes restants sont attendus de producteurs et de distributeurs extérieurs. Un projet dont l’essentiel du financement n’est pas acquis n’est pas un projet lancé.

La distinction entre développement et production n’est pas rhétorique : entre les deux se trouvent le bouclage du financement, le recrutement d’une équipe complète et un engagement de plusieurs années. Elle explique aussi pourquoi le studio communique sur un palier plutôt que sur une date de sortie.

Le troisième élément est un parti pris affiché : une création locale et centrée sur les artistes, sans dépendance à des services distants ni recours à l’IA générative, avec l’objectif déclaré de constituer une documentation et un outillage libres pour les productions de grande taille. Ce parti pris sera lisible dans les faits : si l’objectif est tenu, les outils correspondants seront publiés comme l’ont été ceux des productions précédentes.

Compte tenu de l’arrêt du projet précédent en 2024, la prudence reste de mise sur les échéances annoncées.

Ce qu’on trouve sur le site du studio

Le site s’organise en trois rayons.

Les films d’abord, consultables en ligne, accompagnés d’un espace de téléchargement qui donne accès aux images brutes et aux dépôts de production complets de tous les projets depuis 2006. C’est la partie la plus singulière de l’ensemble : la publication d’une matière de travail complète reste marginale dans l’industrie de l’animation, où les chaînes de production sont généralement considérées comme un actif stratégique.

Les formations ensuite : cours, ateliers et leçons issues des productions, avec les fichiers de travail inclus. Le matériau vient des films eux-mêmes, ce qui distingue ces contenus des tutoriels construits sur des exemples fabriqués pour l’occasion.

Les outils enfin, développés en interne et documentés publiquement.

L’accès à l’ensemble passe par un abonnement mensuel, avec une formule individuelle et une formule pour les équipes. Aucun montant n’est cité ici : il évolue, et la donnée serait périmée avant d’être utile. Le point important est ailleurs. L’abonnement finance l’équipe de production — artistes, directeurs techniques, producteurs — et facilite l’accès aux contenus. Il ne crée aucune restriction de licence sur ce qui a été publié : les films et leurs fichiers restent sous Creative Commons avec attribution, abonnement ou non.

Cette dernière distinction est la source de confusion la plus fréquente sur le sujet. L’abonnement au studio et le fonds de développement du logiciel sont deux caisses différentes, avec deux objets différents. S’abonner au studio ne revient donc pas à financer directement le développement du logiciel — ce qui n’enlève rien à l’intérêt de l’un ou de l’autre, mais change ce qu’on croit soutenir.

Les outils de production, publiés eux aussi

Le studio publie sa chaîne de production, code source accessible sur le dépôt public de la fondation. Les principaux éléments sont les suivants.

Extension

Blender Kitsu

Fait le pont entre Blender et Kitsu, un gestionnaire de production libre édité par un tiers : suivi des tâches, des plans, des prévisualisations, plus des fonctions propres à la chaîne du studio.

Application web

Watchtower

Ce n’est pas une extension mais une application web de suivi de production, qui lit les données de Kitsu en direct ou à partir de fichiers. Elle est née pendant la production de Sprite Fright.

Extension

Contact Sheet

Génère une planche contact en grille à partir des séquences de l’éditeur de montage. Outil de revue, destiné à embrasser d’un coup d’œil l’état d’un ensemble de plans.

Extension

Pose Shape Keys

Permet de continuer à ajuster les poids de vertex et les contraintes d’os après la création des clés de forme, sans reprendre le sculpt. Également publié sur la plateforme d’extensions officielle.

Chaîne interne

Asset Pipeline et Shot Builder

Le premier gère la construction et la mise à jour des assets, le second assemble les fichiers de plan par tâche. Ce sont les outils les plus liés à l’organisation propre du studio.

Maintenance

Cache Manager et Blender Purge

Le premier prend en charge les caches d’assets. Le second est un outil en ligne de commande qui nettoie en lot les données orphelines de fichiers de scène, sur des volumes où l’opération manuelle n’est pas envisageable.

Une précision sur un point souvent affirmé : le Grease Pencil, l’outil de dessin dans l’espace, est une fonctionnalité native de Blender, très sollicitée par plusieurs productions du studio. Ce n’est pas une extension publiée par le studio, et il ne faut pas le présenter comme tel.

Cinq confusions à écarter

La première assimile Blender Studio à la Blender Foundation. Ce sont deux structures distinctes depuis 2020, avec des financements et des objets différents.

La deuxième confond l’abonnement au studio et le fonds de développement du logiciel.

La troisième présente les films comme libres de droits ou relevant du domaine public, alors que l’attribution est obligatoire.

La quatrième attribue à la fondation la place de marché d’extensions et d’assets longtemps appelée Blender Market. Elle ne lui a jamais appartenu, et elle a été renommée Superhive en 2025, précisément pour lever cette ambiguïté et se conformer à la politique de marque de la fondation.

La cinquième traite les annonces comme des faits acquis. Agent 327 n’a jamais dépassé le court de démonstration. Project Gold a été arrêté. OVERGROWN est en développement, sous condition de financement. Sur une structure qui communique beaucoup et publie tout, distinguer ce qui est annoncé de ce qui est livré demande un effort constant.

Blender Studio est-il un mixeur de cuisine ?

Non. Aucun appareil électroménager n’est commercialisé sous le nom Blender Studio, ni chez les distributeurs francophones ni dans les catalogues anglophones. Le mot blender désigne bien un mixeur en anglais, mais l’expression complète renvoie au studio d’animation rattaché à la Blender Foundation.

Les films de Blender Studio sont-ils libres de droits ?

Non, et c’est l’erreur la plus répandue. Ils sont diffusés sous licence Creative Commons avec attribution : la réutilisation est libre, y compris commerciale, mais créditer la source reste obligatoire. Ce n’est ni du domaine public ni du libre de droits, quelles que soient les formulations employées par certaines plateformes de rediffusion.

Quelle différence entre l’abonnement Blender Studio et le fonds de développement ?

Ce sont deux caisses distinctes. Le fonds de développement finance le développement du logiciel : développeurs à plein temps, stabilité des versions, documentation, hébergement des services. L’abonnement au studio finance l’équipe de production et la publication du savoir-faire qui en découle. S’abonner au studio ne revient pas à financer directement le logiciel.

Existe-t-il un long-métrage Blender ?

Pas encore. Un projet nommé OVERGROWN a été annoncé en juillet 2026, co-réalisé par Hjalti Hjálmarsson et Rik Schutte, mais il se trouve en phase de développement visuel et non en production. Sa poursuite est conditionnée à un palier d’abonnés fixé à septembre 2026, qui couvrirait environ un cinquième du budget. Un précédent projet de long-métrage avait été arrêté en avril 2024.

Agent 327 est-il sorti ?

Seul le court intitulé Operation Barbershop existe. Il s’agit d’une preuve de concept destinée à un long-métrage qui n’a jamais été produit. Les sources divergent sur son année exacte, entre 2016 et 2017, mais aucune ne le présente comme un film abouti.

Peut-on télécharger les fichiers de production des films ?

Oui. Le site du studio donne accès aux images brutes et aux dépôts de production complets de tous les projets depuis 2006 : scènes, rigs, textures, assets, storyboards. C’est ce qui distingue une production ouverte d’un simple film diffusé gratuitement.

Sur ce sujet, la difficulté n’est pas de trouver l’information : le studio publie presque tout. Elle est de dater ce qu’on lit.