Café Lapérouse Concorde
le lieu, le monument et le nom
Une adresse dans l’ancien ministère de la Marine, deux terrasses qui n’ont rien à voir, et un nom qui ne vient pas de celui qu’on croit.
Le Café Lapérouse de la Concorde se trouve au 2 place de la Concorde, dans l’Hôtel de la Marine, à l’angle de la rue Royale. Ouvert en 2021, c’est la première adresse installée hors du restaurant Lapérouse historique du quai des Grands-Augustins, avec un décor signé Cordélia de Castellane.
- Deux terrasses opposées : l’une sur la place et la perspective vers la Seine, l’autre sur la cour intérieure, bien plus calme.
- Accès indépendant : le café a ses propres entrées, la visite du monument n’est pas nécessaire pour s’y installer.
- Le nom vient d’un limonadier, Jules Lapérouse, et non du navigateur disparu dans le Pacifique.
- Ne pas confondre avec le Lapérouse du 51 quai des Grands-Augustins, dans le 6e, qui est une autre adresse.
Où se trouve exactement le Café Lapérouse de la Concorde
L’adresse est le 2 place de la Concorde, dans le 8e arrondissement, à l’intérieur de l’Hôtel de la Marine. Le lieu occupe l’angle du monument, entre la place elle-même et la rue Royale, ce qui explique qu’on puisse le trouver sans avoir prévu d’y aller : on longe la façade à colonnades en montant vers la Madeleine, et on tombe dessus.
Le repère est facile à tenir même sans plan. Sur le côté nord de la place, deux bâtiments identiques encadrent l’entrée de la rue Royale, avec la Madeleine dans l’axe. Celui de droite, à l’est, est l’Hôtel de la Marine. Celui de gauche abrite aujourd’hui l’hôtel de Crillon et l’Automobile Club de France. Si vous hésitez entre les deux, prenez celui qui regarde les Tuileries. La station de métro Concorde, desservie par les lignes 1, 8 et 12, débouche directement sur la place.
Un point revient souvent : l’accès au café ne dépend pas de la visite du monument. L’Hôtel de la Marine se visite avec un billet, ses appartements et ses salons se parcourent en parcours muséal, mais le café dispose de ses propres entrées. On peut donc s’y installer sans avoir prévu la visite, comme on peut faire la visite sans y passer.
La différence la plus utile à connaître avant d’arriver tient aux deux terrasses, abritées sous les arcades du monument, et qui ne donnent pas du tout sur la même chose.
La terrasse sur la Concorde
Elle ouvre sur la place, avec la perspective vers la Seine et la tour Eiffel en arrière-plan. C’est la plus spectaculaire, et la plus exposée au bruit de la circulation, qui est considérable à cet endroit.
La terrasse sur la cour intérieure
Elle donne sur la cour de l’Hôtel de la Marine, dans une ambiance minérale et calme, coupée de la ville. Le même établissement offre donc deux expériences opposées selon la chaise que l’on choisit.
Cela mérite d’être demandé en s’installant plutôt que d’être subi : les deux terrasses n’attirent pas le même public ni le même usage, et l’on ne s’assoit pas côté place pour lire une heure au calme.
Un décor de cabinet de curiosités signé Cordélia de Castellane
Le décor a été conçu par Cordélia de Castellane, et c’est une information que la plupart des pages consacrées au lieu oublient de donner alors qu’elle explique tout le reste. Le parti pris tient du cabinet de curiosités plutôt que de la brasserie parisienne standard : un bar orné de coquillages, des boiseries, des touches Art déco, des assises en velours.
Le bar est l’élément qui donne le ton, avec une ornementation en coquillages qui fait basculer la salle du côté du cabinet de curiosités. C’est le genre de geste décoratif qui daterait immédiatement s’il était appliqué à moitié, et qui tient parce qu’il est poussé jusqu’au bout. Le reste suit la même logique : les boiseries donnent la chaleur, le velours absorbe le bruit, les touches Art déco rattachent l’ensemble à une tradition parisienne identifiable plutôt qu’à une mode.
Le fil conducteur est maritime, et il n’est pas gratuit à cet endroit précis. Le bâtiment a abrité le ministère de la Marine pendant près de deux siècles, et l’imaginaire des voyages d’exploration traverse la décoration. Reste que ce parti pris a un revers, qu’il vaut mieux connaître avant de pousser la porte : on est dans un décor de mise en scène, très travaillé, à l’opposé d’un bistrot sans façon.
Un Lapérouse peut en cacher un autre
C’est le point que presque tout le monde escamote, et il est pourtant savoureux. Le nom de la maison ne vient pas du navigateur, contrairement à ce que la thématique maritime du lieu laisse spontanément penser.
Jules Lapérouse, le restaurateur qui a donné son nom à la maison
L’histoire commence au 51 quai des Grands-Augustins, dans le 6e arrondissement. En 1766, un limonadier du nom de Lefèvre installe un établissement de vins dans un ancien hôtel particulier. La maison prospère grâce au marché qui se tient sur le quai, et Lefèvre a l’idée d’aménager les anciennes chambres de domestiques en petits salons discrets, où les marchands peuvent faire leurs comptes tranquillement.
Ces salons particuliers deviendront la signature de l’adresse. Fermés, meublés, à l’écart de la salle, ils ont fait la réputation de la maison bien au-delà du commerce du quai : on y dînait sans être vu, et c’est cette discrétion, plus que la cuisine, qui a nourri la légende du lieu au fil du 19e siècle. C’est vers 1850 que la maison est rachetée par un certain Jules Lapérouse. Le restaurant prend alors le nom de son propriétaire, et ne le quittera plus. Le Lapérouse des Grands-Augustins doit donc son nom à un restaurateur du 19e siècle, pas à un explorateur.
Le comte de Lapérouse, le navigateur disparu dans le Pacifique
L’autre Lapérouse est Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, né en 1741 et disparu vers 1788. Officier de marine, il est chargé en 1785 par Louis XVI d’une expédition scientifique autour du monde. Il quitte Brest le 1er août 1785 avec deux navires, La Boussole et L’Astrolabe, longe l’Amérique du Sud, remonte vers l’Alaska et la Californie, gagne l’Asie puis l’Australie, et disparaît. La cour reste sans nouvelles après le départ de Botany Bay, au début de 1788. Il faudra attendre 1826 pour que les épaves soient localisées à Vanikoro, dans l’actuel archipel des Salomon.
| Repère | Jules Lapérouse | Le comte de Lapérouse |
|---|---|---|
| Qui | Restaurateur parisien | Officier de marine et explorateur |
| Époque | Rachète la maison vers 1850 | Né en 1741, disparu vers 1788 |
| Lien avec l’enseigne | Lui a donné son nom | Aucun : simple homonymie |
Deux hommes, aucun lien de famille, un même nom. L’établissement de la Concorde joue naturellement sur cette homonymie et sur l’imaginaire des grandes expéditions, ce qui se comprend d’autant mieux qu’il occupe l’ancien ministère de la Marine. Une maison baptisée d’après un limonadier installée dans le bâtiment de la Royale : la coïncidence est trop belle pour ne pas être cultivée, et la connaître n’enlève rien au charme du lieu.
L’Hôtel de la Marine, le monument qui l’abrite
Le bâtiment mérite qu’on s’y arrête, parce que c’est lui qui donne au lieu sa singularité. Il a été construit par l’architecte Ange-Jacques Gabriel entre 1757 et 1774, sur ce qui s’appelait alors la place Louis XV. Sa fonction d’origine n’avait rien de militaire : il abritait le Garde-Meuble de la Couronne, l’administration chargée du mobilier, des tapisseries, des armes et des joyaux des résidences royales. C’était, en somme, la réserve du mobilier de la Couronne, doublée d’un lieu d’exposition que le public pouvait déjà voir certains jours.
Gabriel n’a pas conçu un bâtiment isolé mais une composition : deux palais jumeaux qui encadrent la rue Royale et referment le côté nord de la place. Leurs façades à colonnade répondent à celle du Louvre, et l’effet de symétrie reste lisible aujourd’hui, l’un abritant le monument ouvert à la visite, l’autre un hôtel et un club automobile. Regarder les deux ensemble, depuis le centre de la place, en dit plus long sur le projet que n’importe quelle notice.
La Marine s’y installe ensuite, et y reste jusqu’en 2015, date à laquelle le ministère déménage vers le sud de Paris. Le monument est alors confié au Centre des monuments nationaux, qui engage une campagne de restauration à partir de 2017. Sous les couches de peinture accumulées, les restaurateurs retrouvent des décors du 18e siècle largement préservés, et le choix est fait de rendre au bâtiment son état de Garde-Meuble plutôt que celui de ministère.
L’Hôtel de la Marine rouvre au public le 12 juin 2021, après quatre années de travaux. C’est dans ce contexte que le Café Lapérouse s’installe, la même année : la première adresse ouverte hors du berceau du quai des Grands-Augustins, dans un monument qui venait tout juste de redevenir accessible.
Ce qu’il faut savoir avant d’y aller
Le mot café peut induire en erreur, parce qu’il ne désigne pas ici un comptoir de quartier où l’on prend un express debout. C’est une maison de restauration à part entière, qui fonctionne en service continu du matin au soir avec les séquences habituelles de ce type d’adresse : petit-déjeuner, déjeuner, moment de l’après-midi, dîner. La conséquence pratique est plutôt favorable au visiteur pressé : la séquence de l’après-midi permet une consommation courte, un café ou un thé accompagné d’une pâtisserie, en dehors des heures de repas, ce que beaucoup de tables de ce standing ne permettent pas. Aux heures de service, en revanche, on s’installe pour un vrai repas.
Sur le registre des prix, autant être direct plutôt que d’enrober : il s’agit d’une adresse de standing, installée dans un monument national sur l’une des places les plus prestigieuses de Paris, et l’addition s’en ressent. La carte est consultable sur le site de l’établissement, et c’est là qu’il faut la regarder avant de se déplacer, plutôt que sur des pages tierces qui reprennent des tarifs périmés.
Trois réflexes évitent une mauvaise surprise. Vérifier les horaires et la politique de réservation directement auprès de l’établissement, parce que ces informations changent. Choisir sa terrasse en connaissance de cause, la place pour la vue, la cour pour le calme. Et penser le passage comme une étape dans un parcours plutôt que comme une destination isolée.
Les informations de cet article portent sur le lieu, son histoire et son cadre, pas sur des données mouvantes. Horaires, jours d’ouverture, carte et réservation évoluent, et un établissement peut fermer ou changer d’exploitant : confirmez l’ouverture auprès du café avant de faire le déplacement.
L’emplacement se prête bien à un enchaînement, et c’est ainsi qu’une adresse de ce genre se savoure le mieux. Les Tuileries commencent de l’autre côté de la place, la Madeleine ferme la perspective de la rue Royale, la Seine et le pont de la Concorde sont à quelques dizaines de mètres. Une pause au café tient donc naturellement entre une visite du monument et une traversée du jardin.
Un dernier repère pour éviter la confusion la plus fréquente : si vous cherchez les fameux salons particuliers et les miroirs gravés, c’est au 51 quai des Grands-Augustins, dans le 6e, qu’il faut aller. Le Café Lapérouse de la Concorde est une adresse distincte, plus récente, dans un tout autre décor et à l’autre bout de la Seine.
Faut-il un billet pour l’Hôtel de la Marine afin d’accéder au Café Lapérouse ?
Non. Le parcours de visite du monument et le café sont deux choses distinctes : le café dispose de ses propres accès depuis la place de la Concorde et la rue Royale. On peut s’y installer sans visiter l’Hôtel de la Marine, et inversement visiter le monument sans passer par le café.
Est-ce le même établissement que le restaurant Lapérouse du quai des Grands-Augustins ?
Ce sont deux adresses différentes. La maison historique se trouve au 51 quai des Grands-Augustins, dans le 6e arrondissement, avec ses salons particuliers célèbres. Le Café Lapérouse de la Concorde, ouvert en 2021 dans l’Hôtel de la Marine, est la première adresse installée hors de ce berceau, dans un décor entièrement différent.
Le nom vient-il du navigateur Lapérouse ?
Non, malgré le thème maritime du lieu et son installation dans l’ancien ministère de la Marine. La maison des Grands-Augustins doit son nom à Jules Lapérouse, un restaurateur qui l’a rachetée vers 1850. Le navigateur Jean-François de Galaup, comte de Lapérouse, disparu vers 1788 dans le Pacifique, est un homonyme sans lien avec l’enseigne.
Quelle terrasse choisir ?
Les deux terrasses sont abritées sous les arcades du monument mais ne donnent pas sur la même chose. Celle qui ouvre sur la place de la Concorde offre la perspective vers la Seine et la tour Eiffel, avec la circulation qui va avec. Celle qui donne sur la cour intérieure est nettement plus calme. Précisez votre préférence en vous installant.
Peut-on y aller seulement pour un café ?
Oui, en visant la séquence de l’après-midi, entre le service du déjeuner et celui du dîner : c’est le moment où une consommation courte, café ou thé accompagné d’une pâtisserie, se pratique sans difficulté. Aux heures de service, l’usage est celui d’un vrai repas. Les horaires évoluant, mieux vaut les vérifier auprès de l’établissement.
Reste cette ironie que le lieu ne corrige jamais tout à fait : dans l’ancien quartier général de la Marine, l’enseigne qui évoque les grandes expéditions doit en réalité son nom à un homme qui n’a jamais pris la mer.