Cuisine du monde · Italienne

La cuisine du lac de Côme

poissons, polenta et saveurs

Une Italie du Nord où le beurre prime sur l’huile et la polenta sur les pâtes — et qu’on peut largement refaire chez soi.

Risotto crémeux garni de filets de poisson d'eau douce poêlés, cuisine du Nord de l'Italie
Réponse rapide

La cuisine du lac de Côme marie les produits de l’eau et ceux de la montagne. C’est une cuisine du Nord de l’Italie, simple et nourrissante, qu’on peut largement reproduire en France avec quelques substitutions.

  • Poissons d’eau douce : perche (persico), lavaret, missoltini séchés.
  • Polenta : base de tout, jusqu’à la version uncia au beurre et fromage.
  • Beurre et fromages : marqueurs d’une cuisine du Nord, loin de l’image méditerranéenne.
  • Chez soi : perche ou sandre français, semoule de maïs et un peu de patience.

On connaît le lac de Côme pour ses villas et ses rives escarpées. On connaît moins sa table, et c’est dommage : elle raconte une Italie du Nord à part, où le beurre prime sur l’huile et la polenta sur les pâtes. Ici, la cuisine se nourrit de deux mondes voisins, l’eau du lac et les reliefs qui l’entourent. Voici ce qu’on y mange, et comment en retrouver l’esprit dans une cuisine française.

Une cuisine entre lac et montagne

Le lac de Côme s’étire en Lombardie, dans le Nord de l’Italie, au pied des premiers reliefs alpins. Cette position dessine toute sa cuisine. D’un côté, le lac fournit ses poissons d’eau douce ; de l’autre, l’arrière-pays apporte la polenta, les fromages d’alpage, le beurre, les châtaignes, et même un peu d’huile d’olive produite sur les rives les plus douces, où le microclimat laisse pousser l’olivier.

Il faut le redire, car cela surprend souvent : on est loin de l’image méditerranéenne de l’Italie. Pas de grandes assiettes de pâtes à la tomate ici, mais des plats de polenta crémeuse, des poissons poêlés, des fromages fondus. C’est une cuisine de garde-manger frais, pensée pour des hivers rudes et des étés courts, qui mise sur la simplicité et le produit.

Les poissons du lac, vedettes de la table

Le poisson d’eau douce est la signature de cette cuisine. Le plus illustre est le persico, la perche, dont les filets servent le plat emblématique du lac : le risotto al pesce persico. Le lavarello, ou coregone — notre lavaret —, est un poisson fin que l’on poêle simplement. Et puis il y a les missoltini, la préparation la plus singulière du lac. Toutes partagent la même logique : peu d’ingrédients, beaucoup de respect du produit.

PoissonPréparation typiqueÉquivalent en France
Persico (perche)Risotto al pesce persico, filets au beurre et saugePerche, sandre, filet de truite
Lavarello (lavaret)Poêlé simplement, herbesFéra du Léman, corégone
Agoni (missoltini)Séchés, pressés, puis grillés avec polenta et vinaigrePetits poissons de lac séchés (rare)

La polenta, socle de la cuisine comasque

Difficile de parler de la table du lac sans s’arrêter sur la polenta. Cette bouillie de farine de maïs, longuement remuée, accompagne presque tout : poissons grillés, viandes mijotées, fromages. Autour de Côme et dans la Valsassina voisine, on la décline en polenta uncia, enrichie de beurre, d’ail et de fromage fondu jusqu’à devenir un plat à elle seule, riche et réconfortant.

Dans les vallées plus hautes, on rencontre la polenta taragna, faite de farine de sarrasin mêlée de fromage, à la couleur sombre et au goût plus rustique. Ces variantes disent une chose : la polenta n’est pas un simple accompagnement, c’est une base culturelle, le pain de ces montagnes. La réussir tient à la patience — une cuisson lente et régulièrement remuée — bien plus qu’à une recette compliquée.

Antipasti, fromages et charcuteries

Un repas commence souvent par une assiette simple : quelques fromages de Lombardie, une charcuterie, des légumes marinés. Les fromages d’alpage dominent, du casera affiné aux tomes de montagne, en passant par des pâtes plus douces destinées à fondre dans la polenta. La bresaola, ce bœuf séché tranché finement, vient des vallées voisines de la Valteline et s’invite volontiers sur ces tables.

Le beurre, encore lui, et les herbes de montagne — sauge, romarin, parfois genièvre — donnent à ces entrées leur accent. Rien de spectaculaire : une cuisine de partage, où l’on pioche au centre de la table, à l’aperitivo, devant le lac.

Les douceurs du lac

Le dessert prolonge cette logique d’économie et de saison. La miascia est le gâteau emblématique du lac de Côme : un dessert rustique né de la récupération du pain rassis, trempé dans le lait, mêlé de fruits secs, de pommes ou de poires, parfumé au zeste et cuit au four. Un gâteau de pauvre devenu mémoire gourmande.

À Côme, la resta est une brioche des jours de fête. Et dans le village de Canzo, on fabrique les nocciolini, de minuscules biscuits aux noisettes, pas plus gros qu’un pois, qu’on grignote avec le café. Ces douceurs n’ont rien d’ostentatoire : elles racontent un territoire, ses fruits et ses gestes.

Reproduire ces plats chez soi

La bonne nouvelle, pour qui cuisine en France, c’est que cette cuisine se transpose facilement. Le persico n’est pas toujours disponible chez nous, mais la perche de nos lacs, le sandre ou même un filet de truite font de très bons risottos. La féra du Léman s’approche du lavaret. Pour la polenta, une semoule de maïs ordinaire suffit ; tout est dans la cuisson.

Substitutions françaises

Pas de persico chez votre poissonnier ? Perche, sandre ou truite font l’affaire pour le risotto. Pour le lavaret, pensez à la féra du Léman. Et une simple semoule de maïs remplace toutes les polentas du commerce italien.

Voici un repère concret avec le plat phare, le risotto au filet de perche, étape par étape.

  1. Faire suer l’oignon

    Émincez un oignon et faites-le fondre dans le beurre à feu doux, sans coloration.

  2. Nacrer le riz

    Ajoutez le riz à risotto (carnaroli ou arborio) et remuez jusqu’à ce que les grains deviennent translucides sur les bords.

  3. Déglacer et mouiller

    Versez un verre de vin blanc, laissez évaporer, puis ajoutez le bouillon chaud louche après louche en remuant, une quinzaine de minutes.

  4. Poêler les filets

    Pendant la cuisson du riz, poêlez les filets de perche au beurre avec quelques feuilles de sauge, juste saisis.

  5. Dresser

    Quand le risotto est crémeux mais encore ferme, dressez-le en assiette et posez les filets dessus. Servez sans attendre.

Pour la polenta qui accompagnera d’autres plats, comptez environ quatre volumes d’eau salée pour un volume de semoule, versez en pluie, et remuez à feu doux jusqu’à ce qu’elle se décolle des parois. Le geste compte plus que le minutage exact.

À retenir

La cuisine du lac de Côme tient en trois mots : le lac, la polenta, le beurre. Des poissons d’eau douce traités avec sobriété, une farine de maïs patiemment remuée, des fromages de montagne et quelques douceurs de récupération. Rien d’inaccessible : avec une perche de nos rivières et un peu de patience devant la casserole, on tient déjà l’essentiel de cette table du Nord.

Quelles sont les spécialités culinaires du lac de Côme ?

Le risotto au filet de perche (al pesce persico), les missoltini (petits poissons séchés grillés), la polenta uncia au beurre et fromage, les fromages d’alpage, et des douceurs comme la miascia ou les nocciolini di Canzo. Une cuisine de lac et de montagne.

Qu’est-ce que le risotto al pesce persico ?

C’est le plat emblématique du lac : un risotto crémeux surmonté de filets de perche poêlés au beurre et à la sauge. Il marie la douceur du riz du Nord de l’Italie et la finesse du poisson d’eau douce. On peut le refaire avec de la perche ou du sandre français.

Que sont les missoltini ?

Ce sont de petits poissons du lac (les agoni) séchés au soleil, pressés et conservés, puis grillés et servis avec de la polenta et un filet de vinaigre. Le procédé vient d’une époque où il fallait conserver le poisson ; le goût en est marqué et typique.

Quelle différence entre la cuisine du lac de Côme et celle du Sud de l’Italie ?

Le lac de Côme est une cuisine du Nord : on y cuisine au beurre plutôt qu’à l’huile, la polenta y remplace souvent les pâtes, et le poisson d’eau douce domine. On est loin de l’image méditerranéenne de tomate, d’huile d’olive et de pâtes du Sud.

Comment réussir la polenta à la maison ?

Comptez environ quatre volumes d’eau salée pour un volume de semoule de maïs. Versez la semoule en pluie, puis remuez à feu doux jusqu’à ce que la polenta se décolle des parois. Tout est dans la patience et le remuage régulier, pas dans une recette compliquée.

La prochaine fois qu’on évoquera le lac de Côme, on pourra penser aussi à une assiette de polenta fumante et à un filet de perche doré au beurre. La table, ici, vaut le détour autant que le paysage.