Cuisine du monde · Italienne

Risotto aux asperges

la recette au vrai goût d’asperge

Le geste qui fait la différence tient dans les épluchures que vous alliez jeter, et dans deux moments d’ajout au lieu d’un.

Risotto crémeux aux pointes d’asperges vertes, copeaux de parmesan et lamelles de truffe noire
Réponse rapide

La différence ne se joue pas sur la quantité d’asperges mais sur le bouillon : montez-le avec les talons et les épluchures que vous alliez jeter, et le riz prend le goût du légume dans chaque grain. Traitez ensuite l’asperge comme deux ingrédients distincts, avec deux moments d’ajout au lieu d’un.

  • Le bouillon fait tout : les parures infusées 20 minutes remplacent le bouillon de volaille.
  • Les tiges à la dixième minute, les pointes dans les deux dernières, ou cuites à part.
  • 300 g de riz pour 4, une botte d’environ 500 g d’asperges, 1,2 à 1,5 L de bouillon.
  • Le vert se perd par surcuisson : citron au service seulement, jamais pendant la cuisson.

Le vrai problème du risotto aux asperges

Faites l’expérience : préparez un risotto classique, ajoutez des asperges coupées en fin de cuisson, goûtez. Vous obtiendrez un risotto au parmesan avec des morceaux d’asperge dedans. Chaque bouchée qui contient un morceau a le goût d’asperge, les autres non. C’est très exactement ce que produisent la plupart des recettes disponibles, et c’est ce qui explique la légère déception qui suit souvent l’effort.

Un risotto aux asperges digne de ce nom se reconnaît à autre chose : le riz lui-même a le goût du légume, avant même qu’on tombe sur un morceau. Cela ne s’obtient pas en ajoutant plus d’asperges, ni en les mixant en purée, solution qui donne une couleur flatteuse et un goût étrangement plat. Cela s’obtient par le liquide, puisque c’est lui que le riz absorbe pendant vingt minutes.

Un risotto boit environ quatre à cinq fois son poids en bouillon : comptez 1,2 à 1,5 litre pour 300 g de riz. Si ce liquide est un bouillon de volaille du commerce, le riz aura le goût de volaille, et l’asperge restera un ajout de dernière minute. S’il est fait d’asperges, le goût du légume est présent dans chaque grain. Tout le reste de cet article découle de ce constat.

La méthode générale du risotto, elle, ne change pas : riz nacré, bouillon ajouté louche par louche, remuage régulier, puis mantecatura, ce moment de liaison hors du feu où l’on incorpore vivement du beurre froid et du parmesan pour obtenir la texture crémeuse. Elle sera rappelée en condensé au moment de la recette, pour que la place aille à ce qui est propre aux asperges.

Le bouillon d’épluchures, le geste qui change la recette

Quand vous préparez des asperges, vous mettez de côté trois choses : les talons durs que l’on casse ou coupe en bas de la tige, les épluchures si vous en avez fait, et éventuellement quelques tronçons de tige trop fibreux. Ces parures représentent facilement un tiers du poids acheté, et elles finissent presque toujours à la poubelle. Ce sont elles qui contiennent le plus de goût, parce que la fibrosité et l’arôme vont de pair.

Le principe : couvrez ces parures d’eau froide, salez modérément, portez à frémissement et laissez infuser une vingtaine de minutes. Un demi-oignon, une gousse d’ail ou une petite branche de thym suffisent largement en accompagnement ; au-delà, l’aromate prend le dessus et vous obtenez un bouillon de légumes ordinaire, ce qui vide l’opération de son sens. Filtrez, et gardez le liquide au chaud sur un feu doux pendant toute la préparation : un bouillon froid versé sur du riz chaud casse la cuisson à chaque louche.

Deux réglages qui comptent

Salez le bouillon en dessous du point qui vous semble juste à la dégustation : il va réduire par évaporation pendant que le riz cuit, et le parmesan ajouté à la fin apporte encore du sel. Si vos parures ne suffisent pas à faire le volume, complétez avec un bouillon de légumes léger plutôt qu’avec de l’eau seule, sans jamais aller jusqu’à un fond de volaille qui reprendrait le dessus.

Le bouillon se prépare pendant que vous parez les asperges et émincez l’oignon, ce qui explique qu’il ne rallonge pas vraiment la recette. Préparé à l’avance, il se conserve au réfrigérateur et s’utilise dans les jours qui suivent, comme tout bouillon maison.

Pointes et tiges

deux ingrédients, deux moments

L’autre erreur classique consiste à traiter l’asperge comme un légume homogène. Elle ne l’est pas. La pointe est tendre, délicate, elle cuit en deux ou trois minutes et se défait au-delà. La tige est ferme, plus fibreuse en descendant vers le talon, et demande plusieurs fois ce temps. Les mettre ensemble dans la casserole revient à choisir entre des tiges crues et des pointes en charpie.

La solution tient en un découpage et deux moments d’ajout. Séparez les pointes sur environ quatre à cinq centimètres, et détaillez le reste de la tige en tronçons courts, d’un centimètre environ, en écartant la partie basse trop dure qui rejoint le bouillon.

Partie du légumeQuand l’ajouterCe qu’on obtient
Talons et épluchuresAvant tout, dans le bouillonLe goût d’asperge dans chaque grain de riz
Tronçons de tigeÀ mi-cuisson, vers la 10e minuteDes morceaux tendres qui diffusent leur goût sans se déliter
PointesLes 2 à 3 dernières minutes, ou à partDes pointes vertes, entières, encore fermes sous la dent

La cuisson séparée des pointes demande une casserole supplémentaire, mais donne le résultat le plus net : quelques minutes à l’eau bouillante salée, puis incorporation au moment de la mantecatura, sur un riz qui a déjà tout le goût. C’est la méthode à retenir si la couleur compte pour vous, et la section sur le vert y revient plus bas.

Un repère de cuisson utile : une pointe est prête quand la lame d’un couteau y entre sans résistance mais que la pointe reste droite quand on la soulève. Si elle s’affaisse, c’est déjà trop tard.

Asperges vertes ou blanches

ce que le choix implique

Les deux fonctionnent, mais elles ne demandent pas le même travail ni ne donnent le même plat.

Le choix simple

Asperges vertes

Poussées à la lumière, saveur plus végétale et plus franche. Les tiges fines ne s’épluchent pas ; sur les plus grosses, un coup d’économe sur la moitié basse suffit. Elles gardent une belle couleur, ce qui compte dans un plat aussi pâle qu’un risotto.

Le choix plus doux

Asperges blanches

Poussées sous terre, plus douces et plus charnues. L’amertume se concentre dans la partie basse de la tige et se réduit nettement par un épluchage soigné, obligatoire sur toute la longueur sauf la pointe. Cuisson un peu plus longue, et rendu ivoire sur ivoire.

Les épluchures d’asperges blanches, plus épaisses et plus abondantes, donnent d’ailleurs un bouillon particulièrement parfumé : ce que vous perdez en travail d’épluchage, vous le récupérez dans la casserole. Sur un risotto blanc sur blanc, un peu de zeste de citron ou quelques herbes ciselées au service viennent utilement réveiller l’ensemble.

Un mot sur les asperges violettes, souvent proposées à côté : elles se comportent comme les vertes, avec une saveur un peu plus douce, et leur couleur disparaît largement à la cuisson. Ne comptez pas dessus pour l’effet visuel.

La recette, une fois ces trois points réglés

Pour quatre personnes, comptez environ 300 g de riz à risotto — carnaroli ou arborio, le premier tenant un peu mieux la cuisson —, une botte d’asperges d’environ 500 g, un oignon ou deux échalotes, un verre de vin blanc sec, 60 à 80 g de parmesan râpé et une noix de beurre froid pour la finition.

Sur ces 500 g d’asperges, prévoyez qu’il en restera autour de 350 g dans le risotto une fois les talons et les épluchures partis au bouillon. C’est une proportion normale, et ce n’est pas une perte puisque le reste travaille dans la casserole. Si vos asperges sont grosses, ou si elles sont blanches et donc épluchées sur toute la longueur, majorez l’achat d’une centaine de grammes.

  1. Parer et lancer le bouillon

    Séparez pointes, tronçons de tige et parures. Mettez les talons et les épluchures à infuser dans l’eau salée frémissante pour une vingtaine de minutes, puis filtrez et maintenez au chaud.

  2. Suer et nacrer

    Faites suer l’oignon sans coloration, ajoutez le riz et remuez jusqu’à ce que les grains deviennent translucides sur les bords. C’est le nacrage, et il ne se saute pas.

  3. Déglacer au vin blanc

    Versez le vin et laissez-le s’évaporer complètement avant la première louche de bouillon, sans quoi l’acidité reste en bouche jusqu’à la fin.

  4. Cuire louche par louche

    Ajoutez le bouillon chaud une louche à la fois, en attendant chaque fois que le riz l’ait presque entièrement absorbé, et en remuant régulièrement sans s’acharner. Vers la dixième minute, incorporez les tronçons de tige.

  5. Goûter, puis lier hors du feu

    Vers la dix-huitième minute, le riz doit être tendre avec un cœur qui résiste encore légèrement. Retirez du feu, ajoutez le beurre froid et le parmesan, remuez vivement pour lier, puis incorporez les pointes. Couvrez et laissez reposer deux minutes.

Le risotto se sert dans l’assiette en une couche souple qui s’étale légèrement quand on tape le dessous de l’assiette. S’il tient en dôme, il est trop sec : une louche de bouillon chaud rattrape la situation en quelques secondes.

Garder le vert, et acheter au bon moment

La couleur est le point faible de ce plat, et elle se perd de trois façons. Par la surcuisson d’abord, qui est la cause principale : au-delà de quelques minutes, le vert vire à l’olive et ne revient pas. Par l’acidité ensuite, raison pour laquelle le jus de citron s’ajoute au moment de servir et jamais pendant la cuisson. Et par l’attente enfin, un risotto qui patiente sur le feu continuant de cuire les pointes.

Le geste qui fixe la couleur

Plongez les pointes quelques minutes à l’eau bouillante salée, puis rafraîchissez-les aussitôt dans de l’eau glacée. Le froid brutal fixe le vert, et les pointes finissent simplement réchauffées dans le riz au dernier moment. C’est une manipulation supplémentaire, c’est aussi la différence entre un plat appétissant et un plat gris.

Reste la question du moment. L’asperge est un légume de printemps, dont la saison française s’étend grossièrement d’avril au début de l’été, avec des variations selon les régions et les années. C’est un point qui mérite d’être pris au sérieux sur ce plat en particulier : hors saison, l’asperge d’importation arrive fatiguée, fibreuse, et son goût, précisément ce que toute cette recette cherche à concentrer, se révèle décevant. Une botte prise en pleine saison ne se compare pas, et rend d’ailleurs le bouillon nettement plus parfumé.

Le repère à l’achat est simple : la tige doit être ferme et cassante, jamais souple, la coupe du talon franche et humide plutôt que sèche et fendillée, et les pointes doivent être bien fermées. Une botte dont les pointes commencent à s’ouvrir a déjà voyagé trop longtemps.

Que faire des tiges dures et des épluchures des asperges ?

Ne les jetez pas : ce sont elles qui portent le goût. Couvrez les talons, les épluchures et les tronçons trop fibreux d’eau froide, salez modérément, portez à frémissement et laissez infuser une vingtaine de minutes, puis filtrez. Ce bouillon remplace le bouillon de volaille ou de légumes et donne au riz le goût d’asperge dans chaque grain.

Pourquoi mes asperges deviennent-elles grises dans le risotto ?

Trois causes se cumulent : la surcuisson, qui fait virer le vert à l’olive sans retour, l’acidité si du citron est ajouté pendant la cuisson plutôt qu’au service, et l’attente d’un risotto qui patiente sur le feu. La parade la plus efficace consiste à cuire les pointes à part quelques minutes à l’eau bouillante salée, à les rafraîchir aussitôt dans de l’eau glacée, puis à les incorporer au dernier moment.

Quand faut-il ajouter les asperges dans le risotto ?

Pas au même moment selon la partie du légume. Les tronçons de tige rejoignent le riz à mi-cuisson, autour de la dixième minute, le temps de devenir tendres et de diffuser leur goût. Les pointes n’arrivent que dans les deux ou trois dernières minutes, ou mieux, cuites séparément et ajoutées au moment de lier le risotto hors du feu.

Vertes ou blanches, quelles asperges choisir ?

Les vertes sont plus simples et donnent un plat contrasté : elles s’épluchent peu ou pas et gardent leur couleur. Les blanches sont plus douces et plus charnues, mais s’épluchent obligatoirement sur toute la longueur sauf la pointe et demandent un peu plus de cuisson, pour un rendu ivoire sur ivoire. Leurs épluchures, plus abondantes, enrichissent d’ailleurs le bouillon.

À quelle saison faire un risotto aux asperges ?

L’asperge est un légume de printemps, dont la saison française s’étend grossièrement d’avril au début de l’été, avec des variations selon les régions et les années. Le point compte particulièrement ici : hors saison, le légume est plus fibreux et moins parfumé, et c’est précisément ce parfum que le bouillon d’épluchures cherche à concentrer.

Il y a quelque chose de satisfaisant à ce que la partie du légume qu’on jette d’ordinaire soit précisément celle qui donne son nom au plat.