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Café la Jatte

l’île, ses guinguettes et ses terrasses

Derrière un nom d’adresse, une île de la Seine où l’on venait déjà boire au XIXe siècle.

Bras de Seine se séparant autour d'une pointe d'île boisée, péniches amarrées et immeubles au loin
Réponse rapide

« Café la Jatte » renvoie à une adresse de bord de Seine, mais le nom vient de l’île de la Jatte — anciennement île de la Grande Jatte — partagée entre Neuilly-sur-Seine et Levallois-Perret, à environ deux kilomètres de Paris. Au XIXe siècle, elle était couverte de guinguettes où les Parisiens venaient canoter et boire le dimanche, un usage que Seurat, Monet, Van Gogh et Sisley ont peint.

  • Une île, pas seulement une adresse : l’établissement a emprunté son nom au lieu, et non l’inverse.
  • Grande Jatte : le nom ancien de l’île, qui explique le titre du tableau de Seurat.
  • Une tradition de bord d’eau : les guinguettes ont disparu, l’usage de s’asseoir face au fleuve est resté.
  • Accès libre à pied : île urbaine et habitée, que l’on parcourt d’un bout à l’autre sans formalité.

Ce que le nom désigne vraiment

Une adresse porte ce nom, au bord de la Seine à Neuilly, et c’est souvent elle qu’on cherche en tapant ces trois mots. Mais l’établissement n’a pas inventé son nom : il l’a emprunté à l’île sur laquelle il est posé. Et cette île, elle, s’appelle ainsi depuis bien avant que quiconque y serve un café.

La distinction change la façon de chercher. Si vous voulez une table précise, une réservation et une carte, la question se règle sur le site de l’établissement concerné, où les informations sont à jour — ce qu’aucun article ne peut promettre. Si en revanche vous vous demandez pourquoi ce nom d’île revient sans arrêt associé à des terrasses, à des cafés et à des tableaux célèbres, il y a une histoire à raconter, et elle est plus longue qu’il n’y paraît.

Un point d’orthographe pour commencer, parce qu’il explique la moitié des confusions : on écrit l’île de la Jatte, mais son nom ancien était l’île de la Grande Jatte. Les deux formes coexistent encore. C’est la seconde qui a donné son titre au tableau le plus célèbre jamais peint à cet endroit.

Une île entre deux villes, à deux kilomètres de Paris

L’île de la Jatte est une île de la Seine, longue et étroite, située dans les Hauts-de-Seine à environ deux kilomètres de Paris. Elle n’appartient pas à une seule commune : elle est partagée entre Neuilly-sur-Seine et Levallois-Perret, ce qui explique qu’on la trouve rattachée tantôt à l’une, tantôt à l’autre selon les sources que l’on consulte.

Sa forme est celle d’un long ruban posé dans le fleuve, orienté dans le sens du courant. Cette étroitesse a une conséquence directe sur la promenade : où que l’on se trouve, l’eau n’est jamais loin, et l’on passe d’une rive à l’autre en quelques pas. Les deux côtés ne se ressemblent pourtant pas. L’un regarde vers Neuilly et ses immeubles bourgeois, l’autre vers Levallois et un paysage plus franchement urbain, marqué par les constructions de bureaux qui ont poussé sur cette portion des Hauts-de-Seine. Selon la rive que l’on suit, on n’a donc pas du tout la même vue en face de soi.

Sur l’accès, il faut être précis sans inventer. L’île est urbaine et habitée : on y entre librement, à pied, par des ponts qui la relient aux deux rives, sans formalité ni billet d’aucune sorte. Elle se parcourt intégralement à la marche et se traverse aussi dans sa largeur. Pour les transports en commun, la desserte se fait depuis les communes riveraines, et le plus sage est de vérifier l’itinéraire exact sur un plan à jour plutôt que de se fier à un article : les lignes et les stations ne se devinent pas, et une indication approximative fait perdre plus de temps qu’elle n’en fait gagner.

Ce détail de géographie compte plus qu’il n’en a l’air pour comprendre la suite. Une île accessible à pied depuis la capitale, mais séparée d’elle par un bras d’eau, c’était exactement le format recherché au XIXe siècle par les Parisiens qui voulaient sortir de la ville sans s’engager dans un voyage.

Du parc princier aux guinguettes

Avant d’être un lieu de fête populaire, l’île a été rattachée à une propriété considérable. À partir de 1818, le futur Louis-Philippe, alors propriétaire du château de Neuilly, fait acquérir des terrains et étendre son parc jusqu’à la Seine, englobant l’île dans l’ensemble. C’est à cette période qu’un Temple de l’Amour, édifice néoclassique venu du parc Monceau où il avait été érigé au XVIIIe siècle, est installé à la pointe de l’île. Les sources divergent sur le détail de la chronologie et des transferts successifs, mais l’épisode explique pourquoi cette île n’a pas été bâtie comme une simple berge industrielle.

Le mot « guinguette »

Une guinguette était un établissement de bord d’eau où l’on servait à boire et à manger en plein air, souvent avec un orchestre et une piste de danse. Le modèle s’est développé aux portes de Paris, là où la fiscalité sur les boissons était plus légère qu’en ville, avant de devenir la sortie dominicale par excellence sur les rives de la Seine et de la Marne.

À la fin du XIXe siècle, l’île de la Grande Jatte est un lieu de fête. On y vient canoter, se reposer, danser et boire, et l’île est parsemée de ces guinguettes. Rien d’anecdotique là-dedans : toute une sociabilité s’organise alors autour des bords de Seine, avec ses codes, ses habitués et ses jours. On loue une barque, on s’installe sous les arbres, on commande un verre.

C’est de là que vient la continuité, et c’est ce que les contenus sur le sujet ne racontent jamais. Quand quelqu’un cherche aujourd’hui une terrasse au bord de l’eau sur cette île, il ne fait pas une découverte : il rejoue, sans le savoir, un usage vieux de cent cinquante ans. Le décor a changé, les orchestres ont disparu, la ville a rattrapé l’île. L’idée est restée la même — traverser un pont pour s’asseoir face à l’eau.

Il faut être honnête sur ce qui subsiste : les établissements de l’époque ont disparu, comme presque partout ailleurs en région parisienne. Ce qui demeure, c’est l’usage et le nom.

L’île que les peintres ont fixée

Si le nom de cette île est connu bien au-delà des Hauts-de-Seine, c’est à cause de la peinture. Les bords de Seine ont été un terrain de travail majeur pour les peintres de la seconde moitié du XIXe siècle, et cette île en particulier a été représentée à plusieurs reprises.

Georges Seurat

Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte

Peinte entre 1884 et 1886, c’est l’œuvre qui a fait connaître le nom de l’île au monde entier. Une toile monumentale construite point par point selon la technique divisionniste, et dont le sujet est exactement l’usage du lieu : des promeneurs endimanchés au bord de l’eau. Elle est aujourd’hui conservée hors de France.

Claude Monet

Le printemps sur l’île

Monet a peint cette portion de Seine au printemps, à travers les branches des arbres qui bordent la rive. Un traitement très différent de celui de Seurat : là où le second construit une scène sociale, le premier travaille la lumière filtrée et le reflet sur l’eau.

Vincent van Gogh

La Seine avec le pont de la Grande Jatte

Van Gogh a représenté le fleuve et son pont pendant sa période parisienne. Le motif n’est plus la fête ni la promenade mais l’ouvrage d’art et la berge, dans une palette bien plus claire que celle de ses années hollandaises.

Alfred Sisley

Île de la Grande Jatte, Neuilly-sur-Seine

Sisley a signé une toile qui porte directement le nom de l’île, conservée au musée d’Orsay. C’est la plus sobre des quatre : ni foule, ni effet, simplement la rive, l’eau et le ciel d’un bras de Seine ordinaire.

Le rapport avec un café n’est pas si lointain qu’il en a l’air. Ce que ces peintres sont venus chercher, c’est exactement ce que les guinguettes vendaient : la lumière sur l’eau et des gens assis dehors. Le sujet du tableau, c’est l’usage du lieu.

S’y asseoir aujourd’hui

à quoi s’attendre

L’île de la Jatte n’est pas un village de guinguettes. C’est un quartier résidentiel calme des Hauts-de-Seine, avec des immeubles d’habitation, des bureaux, des berges aménagées et quelques adresses où l’on peut s’installer. Qui arrive en imaginant un décor d’époque sera déçu ; qui vient pour une promenade au bord de l’eau à la sortie de Paris trouvera exactement ce qu’il cherche.

L’établissement qui porte le nom de l’île est un restaurant plus qu’un café au sens strict. Il occupe un bâtiment qui a connu d’autres usages avant la restauration — les sources disponibles, toutes secondaires et largement recopiées les unes sur les autres, évoquent notamment un passé lié à l’entreposage de décors. Pour la carte, les horaires et la réservation, mieux vaut s’adresser directement à l’établissement : ce sont précisément les informations que les pages tierces continuent d’afficher longtemps après qu’elles sont devenues fausses.

Ce qu’on peut dire sans risque de se tromper, en revanche, c’est ce que vaut le cadre. Une terrasse tournée vers l’eau à cet endroit donne sur un bras de Seine large, bordé d’arbres, avec la circulation fluviale et le passage des promeneurs. La lumière de fin d’après-midi y est celle que Seurat a peinte, et c’est la raison la plus solide d’y venir.

Choisir son moment

Comme sur toutes les terrasses de bord d’eau en Île-de-France, la belle saison sature les places face au fleuve, et les fins de journée du week-end sont le pire moment pour espérer s’asseoir sans avoir rien prévu. Un jour de semaine en milieu d’après-midi offre le même cadre, avec de la place.

Faire le tour

la promenade et le sentier

L’usage le plus durable du lieu n’est pas la table, c’est la marche. L’île se parcourt d’un bout à l’autre en longeant l’eau presque tout du long, et l’intérêt tient autant au fleuve qu’aux berges : les arbres plantés en bordure, les pontons, les péniches amarrées, les vues qui s’ouvrent à chaque trouée. On y croise des coureurs, des poussettes et des habitants qui rentrent chez eux, ce qui donne à la promenade un caractère de quartier plutôt que de site touristique.

Un parcours a été aménagé pour relier le lieu à son histoire picturale : un sentier consacré aux peintres impressionnistes a été inauguré à la fin des années 2000 à l’initiative d’une association locale, avec l’idée de faire correspondre les points de vue actuels et les toiles peintes depuis ces berges. C’est la façon la plus simple de comprendre ce qui a changé et ce qui n’a pas bougé.

Le contraste est parfois saisissant. Là où Seurat peignait des ombrelles et des barques, on voit aujourd’hui des tours de bureaux en arrière-plan. Mais le fleuve fait la même courbe, les arbres bordent toujours la rive, et à certaines heures la ressemblance avec les toiles est frappante. La promenade d’abord et la terrasse ensuite reste l’enchaînement le plus logique : on comprend mieux ce qu’on regarde depuis une chaise après avoir marché le long de l’eau.

Où se trouve exactement l’île de la Jatte ?

C’est une île de la Seine longue et étroite, située dans les Hauts-de-Seine à environ deux kilomètres de Paris. Elle est partagée entre deux communes, Neuilly-sur-Seine et Levallois-Perret, ce qui explique qu’elle soit rattachée tantôt à l’une tantôt à l’autre selon les sources. On y accède à pied par des ponts.

Pourquoi Seurat parle-t-il de la Grande Jatte ?

Parce que c’était le nom ancien de l’île : île de la Grande Jatte, aujourd’hui plus couramment appelée île de la Jatte. Les deux formes coexistent encore. Le tableau « Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte », peint entre 1884 et 1886, reprend simplement la dénomination de l’époque.

Reste-t-il quelque chose des guinguettes ?

Non, celles du XIXe siècle ont disparu, comme presque partout en région parisienne. Ce qui subsiste, c’est l’usage — s’installer face à l’eau après avoir traversé un pont — et le nom de l’île, devenu celui d’une adresse de bord de Seine.

Quels peintres ont représenté l’île ?

Georges Seurat avec « Un dimanche après-midi à l’île de la Grande Jatte », Claude Monet qui y a peint le printemps, Vincent van Gogh avec la Seine et le pont de la Grande Jatte, et Alfred Sisley dont la toile consacrée à l’île est conservée au musée d’Orsay.

Peut-on s’y promener librement ?

Oui. C’est une île urbaine et habitée, accessible à pied par des ponts, que l’on parcourt d’un bout à l’autre en longeant l’eau presque tout du long. Un sentier consacré aux peintres impressionnistes y a été aménagé à la fin des années 2000 à l’initiative d’une association locale.

Le Café de la Jatte est-il un café ou un restaurant ?

C’est un restaurant plus qu’un café au sens strict, installé sur l’île dans un bâtiment qui avait connu d’autres usages avant la restauration. Pour tout ce qui touche à la carte, aux horaires et à la réservation, l’établissement lui-même reste la seule source fiable — ces éléments changent, et les pages tierces les recopient longtemps après.

Une île qu’on traverse à pied en une promenade et qui a occupé quatre peintres majeurs : c’est peu de terrain pour autant de regards, et cela se sent encore en marchant.